FER (MINERAIS DE)


FER (MINERAIS DE)
FER (MINERAIS DE)

Le fer est l’élément qui a permis l’essor de l’industrie moderne. Alors que l’on a assisté à l’avènement de nouvelles formes d’énergie, on peut dire que, en ce qui concerne les produits, notre civilisation en est encore à l’âge du fer, dont l’invention, au sens des techniques humaines, date de 1 500 avant J.-C. Les sources de fer sont essentiellement les minerais et la récupération des ferrailles. Ce dernier produit sera cependant toujours un approvisionnement complémentaire des minerais malgré le tonnage élevé consommé. En France, à la fin des années quatre-vingt, un tiers de la production d’acier est élaboré à partir de ferrailles, leur part dans la production d’acier est de plus en plus importante. L’industrie de l’acier demande toujours plus de minerai de fer et, en 1989, la production mondiale a atteint 983 millions de tonnes. Pour l’an 2000, les estimations les plus raisonnables font apparaître une production de fonte de 960 millions de tonnes, soit un besoin en minerai de fer qui pourrait être de l’ordre d’1,6 milliard de tonnes. Très abondant sur la Terre, le fer y est aussi très dispersé. Aussi n’est-il pas un pays, sinon les plus petits, qui ne produise cette matière première. Les formes et compositions des minerais sont fort diverses. Par ailleurs, ce ne sont pas nécessairement les minerais qui contiennent les plus fortes teneurs en fer qui sont les plus intéressants à utiliser.

En effet, dans l’exploitation de cette matière première de faible valeur marchande interviennent de très nombreux facteurs économiques et techniques. En particulier, un minerai doit subir une série de traitements complexes pour que l’on puisse en extraire le métal, et le rôle des éléments associés au fer est déterminant. Aussi une sélection est-elle opérée parmi les différentes roches ferrifères.

L’industrie du minerai de fer était devenue très vivante et en pleine évolution dans les années soixante - soixante-dix grâce aux besoins de la sidérurgie. Le développement du transport maritime par des minéraliers de plus en plus puissants et la découverte en de nombreux points du monde d’importants gisements de minerais riches en ont considérablement modifié le commerce. Ainsi sont apparues des difficultés dans les pays occidentaux dont les approvisionnements étaient purement locaux. Ces bouleversements ne sont pas terminés et l’industrie des minerais subira encore dans les années à venir de profondes transformations. Quant à la sidérurgie mondiale, on observe une dégradation de la conjoncture depuis 1990.

1. Qualité d’un minerai

Le fer se trouve dans ses minerais sous forme de combinaisons complexes avec d’autres éléments. Le traitement a pour objet d’éliminer, de manière économique, les éléments nuisibles: exploitation sélective, enrichissement, fusion réductrice, séparation de phases. Pour cette dernière opération, essentiellement réalisée en milieu fondu, il faut que les éléments associés au fer, c’est-à-dire la gangue, soient fusibles; on a généralement recours dans ce cas à des compléments appelés fondants.

Le fer figure à la quatrième place des éléments de l’écorce terrestre; on estime qu’il constitue 5 p. 100 de son poids. Les gisements les plus intéressants sont généralement offerts par des zones où le produit recherché est le plus concentré, mais cette règle n’a rien d’absolu: la situation géographique et la forme sous laquelle se présente le produit peuvent en effet modifier profondément la répartition des teneurs exploitables. Le produit contenant le métal recherché et exploité pour lui est appelé minerai; la concentration naturelle de minerai est un gisement. Ces définitions font apparaître une dualité d’aspect dans l’activité minière: c’est, d’un côté, un fond de données naturelles ou de caractéristiques géologiques de la minéralisation; de l’autre, un ensemble de facteurs techniques et économiques permettant d’extraire avec profit une certaine partie du produit en place. Ainsi les teneurs exploitées varient-elles fortement d’un gisement à un autre: de 65 à 69 p. 100 à Itabira (Minas Gerais, Brésil), 63-68 p. 100 à Fdêrik (Mauritanie), de 42 à 50 p. 100 à Rougé (Loire-Atlantique), de 20 à 40 p. 100 en Lorraine (France), de 18 à 20 p. 100 à la mine Labrador (Canada).

La teneur en fer d’un minerai est la première caractéristique brute de richesse de ce produit. C’est cependant un renseignement très difficile à utiliser dans l’absolu, car cette teneur brute est souvent fort différente de celle du produit préparé pour l’utilisation. C’est ainsi qu’un minerai sidéritique titrant 35 p. 100 de fer conduit à un lit de fusion titrant 60 p. 100 par départ des matières volatiles au grillage ou à l’agglomération, alors qu’un minerai hématitique siliceux titrant 60 p. 100 conduira, après addition des fondants indispensables (CaO et MgO) à un lit de fusion titrant seulement 55 p. 100.

La caractéristique de richesse fondamentale est donc la quantité de laitier à laquelle conduit l’utilisation du minerai, et que l’on appelle mise au mille, c’est-à-dire la quantité de laitier produite par tonne de fonte. Cette mise au mille de laitier dépend de la teneur en fer du minerai et des teneurs en silice, chaux, magnésie, alumine, dits éléments majeurs.

À côté de la mise au mille, l’une des propriétés essentielles de la gangue des minerais de fer est la fusibilité du laitier, qui est mesurée par l’indice de basicité, rapport entre la quantité de bases (CaO + MgO) et celle d’acides (Al23 + Si2). Les minerais acides ont un indice inférieur à 1, les minerais autofondants en ont un voisin de 1, les minerais calcaires supérieur à 1. On trouve également parmi les éléments majeurs des composants volatils (dioxyde de carbone, eau) qui par leur départ enrichissent le minerai au cours des processus métallurgiques.

À côté de cette définition indirecte, globale, mais précise, on utilise couramment les vocables de minerais riches ou pauvres dans un sens quelque peu différent. Il s’agit alors d’une terminologie à tendance économique très difficile à préciser. En pratique, on appelle minerais riches, par opposition à des minerais pauvres encore appelés locaux, des minerais qui sont produits à des prix suffisamment bas pour qu’ils puissent être commercialisés sur de grandes distances.

À côté des éléments majeurs, la liste des éléments chimiques susceptibles d’être présents dans les minerais de fer est longue.

Les éléments les plus importants par leur rôle et leur fréquence sont: le phosphore, le manganèse, le soufre, le baryum, le potassium, le sodium, le cobalt, le cuivre, le chrome, le nickel, l’arsenic, le titane, l’étain, le vanadium, le molybdène, le tungstène, le zinc et le plomb; pour chacun d’eux il existe des teneurs critiques qui condamnent le minerai pour un procédé donné. En fait, le rôle des éléments associés au fer dans les minerais ne peut se juger que dans le produit sidérurgique fini qui en renferme de petites quantités. Il est très différent suivant les conditions d’utilisation de l’acier. Par ailleurs, il est essentiel d’être maître de la composition finale et on recherche par conséquent dans la mesure du possible à nuancer celle-ci dans des additions d’éléments qui permettent d’obtenir un produit très pur par élimination des éléments traces. De tous ces éléments, le phosphore est celui qui différencie le plus les minerais de fer. Une classification pratique permet de distinguer les minerais non phosphoreux ou «hématites» dont la teneur en phosphore est inférieure à 0,05 p. 100. Au-delà d’un rapport du phosphore au fer de 0,015, on a les minerais phosphoreux et, entre ces deux extrêmes, les minerais semi-phosphoreux.

2. Constitution minéralogique et chimique

La minéralogie de la plupart des minerais de fer est simple: souvent un, parfois deux ou quatre minéraux ferrifères essentiels. Cependant l’abondance du fer dans l’écorce terrestre et la possibilité de plusieurs états électroniques naturels stables expliquent la grande diversité de combinaisons où figure l’élément fer et l’extrême variété des associations minérales auxquelles il participe. Ces combinaisons apparaissent dans les minerais de fer sous trois formes fondamentales: les minéraux, les constituants minéralogiques et les constituants pétrographiques. Les constituants minéralogiques, agrégats de minéraux trop fins pour qu’il soit possible d’en réaliser un fractionnement par des méthodes physiques simples, sont la forme sous laquelle se rencontre le fer dans les minerais superficiels (sédimentaires et d’altération). On peut les caractériser par des propriétés chimiques et physiques globales généralement assez constantes pour un gisement donné. Les constituants pétrographiques sont des entités formées de minéraux et de constituants minéralogiques possédant des formes et des structures caractéristiques. Ainsi dans l’oolithe ferrifère les phases minérales se présentent sous forme d’enveloppe microscopique entourant un noyau. Ce grain très arrondi de forme ovoïde ou lenticulaire a des dimensions variant de 80 猪m à 2 mm, la valeur moyenne se situant vers 300 猪m.

En pratique, on classe les formes du fer en minéraux ferrifères et minéraux non ferrifères. Par minéral ferrifère, il est convenu d’entendre un minéral dont le fer est un constituant normal, et qui ne peut être remplacé par un autre élément que dans d’étroites limites. Un minéral non ferrifère, par contre, ne contient de fer qu’en faibles quantités et en substitution du constituant de base du minéral.

À cette classification s’en superpose une autre d’ordre économique, et qui permet de distinguer les constituants formant la gangue. Cette gangue, qui appauvrit le minerai et que l’on cherche à rejeter, présente des formes très variées: elle peut être volatile ou solide, exprimée ou combinée, ferrifère ou stérile. L’utilisation du minerai de fer dépend étroitement de ces aspects. Ces limitations économiques et, au départ, techniques ne se superposent pas à celles de la classification précédente: certains minéraux ferrifères, même riches en fer, pourront ne pas être des constituants utiles: ainsi la pyrite, FeS2, renfermant 46,6 p. 100 de fer, n’en est pas un minerai du fait de sa teneur élevée en soufre.

Les principaux minéraux ferrifères présents dans les minerais sont: la magnétite Fe34 (72,4 p. 100 de fer), l’oligiste Fe23 (69,9 p. 100 de fer), encore appelée hématite, la goethite Fe23, H2O (62,8 p. 100 de fer), la sidérose FeC3 (48 p. 100 de fer), des silicates et silicoaluminates divers: greenalite, minnesotaïte, chlorite.

À côté de ces minéraux souvent purs, ou pouvant contenir, pour certains, des éléments en substitution en quantités limitées (aluminium en remplacement du fer dans l’oligiste et la goethite; manganèse, magnésium, dans la sidérose), le fer apparaît dans certains minerais sous forme de constituants minéralogiques. Les plus importants sont l’hématite rouge, formée d’hématite impure souillée par Al23, MgO, P, H2O et de teneurs en fer variant de 60 à 68 p. 100; la limonite formée de goethite souillée de Al23, P, H2O, MgO... et titrant de 50 à 58 p. 100 de fer. Au titre de constituant minéralogique, il convient également de signaler la martite qui provient de la transformation plus ou moins complète de magnétite en oligiste avec conservation des formes extérieures du minéral original.

Les minéraux de gangue sont également très variés dans les minerais de fer. Les plus connus sont: le quartz qui confère le caractère siliceux aux minerais; l’apatite à laquelle on doit le plus souvent le caractère phosphoreux des minerais de fer; la calcite pour les minerais calcaires; des silicates et silicoaluminates divers (argiles, amphiboles...).

3. Les types de minerais de fer

L’ancienneté de l’industrie sidérurgique, la variété des produits proposés et le pragmatisme qui présidait à la mise en œuvre d’une technique fort complexe expliquent une terminologie des substances ferrifères naturelles tout à la fois riche et généralement peu précise. Il est certain que les types de minerais les plus fréquemment rencontrés sont bien définis; souvent même on connaît le sens de variation de certains de leurs paramètres. En dehors de ces cas, cependant, tout lot de minerai ne se rattachant pas de manière directe aux types précédents apparaît comme un cas particulier sur lequel tous les tests doivent être effectués à nouveau.

Les espèces minéralogiques constituant la masse essentielle des minerais de fer sont peu nombreuses et assez différenciées du point de vue physique pour être aisément reconnues. Une classification pratique s’est donc naturellement mise en place, fondée sur l’espèce ferrifère dominante. Elle donne globalement une indication sur plusieurs caractéristiques du minerai: dureté, porosité, teneur en fer, teneur en produits volatils.

Classification pratique

On distingue:

– Les minerais à hématite: l’espèce dominante est l’oligiste ou l’hématite rouge. Ils sont généralement rocheux ou pulvérulents, à perte au feu très faible, souvent fragiles, et présentant une porosité non négligeable. Il est à remarquer que c’est sous une dénomination très semblable que l’on a coutume d’appeler les minerais à faible teneur en phosphore. On dit dans ce cas les «minerais hématites».

– Les minerais à magnétite: ils présentent souvent un gain au feu. Ils sont habituellement durs, massifs, compacts.

– Les limonites, fragiles, scoriacées, poreuses, à forte perte au feu.

– Les sidéroses: massifs, compacts, durs, non poreux, ces minerais présentent une perte au feu considérable ordinairement accompagnée d’une fragilisation et même d’une désagrégation du produit.

On utilise parfois des combinaisons de ces termes pour définir des minerais à plusieurs phases ferrifères de même importance.

La classification pratique n’est qu’une première approche dans la définition d’un minerai. Elle disparaît au profit d’une définition pétrographique précise dès que l’étude géologique en est abordée. Les minerais peuvent être ainsi classés en douze types majeurs.

Classification pétrographique

Les taconites

Ces gisements sont d’énormes accumulations de quartzites ferrifères dont les seuls constituants sont pratiquement la silice et des oxydes de fer. Les minerais sont très purs, exempts d’éléments nuisibles. De tels gisements apparaissent dans tous les vieux socles précambriens du monde: Amérique du Nord, Brésil, Venezuela, Scandinavie, Afrique, Inde, Asie, Australie. Ces roches, encore appelées itabirites, jaspilite, B.H.Q. (banded hematite quartzite )..., très compactes, dont la teneur en fer varie entre 25 et 45 p. 100, ne sont exploitées (car leur mise en valeur passe obligatoirement par une opération d’enrichissement) que lorsque l’oxyde de fer est la magnétite ou l’oligiste en gros cristaux.

Les minerais à hématite riches

Ces minerais se sont formés aux dépens des taconites par lessivage de la silice dans certaines conditions géographiques et géologiques particulières. Ils se présentent en grandes masses souvent très riches (plus de 65 p. 100 de fer). Dans la plupart des gisements de taconites – Canada, Venezuela, Brésil, ex-U.R.S.S., Liberia, Mauritanie, Australie, Inde –, le minerai est de dureté variable, souvent friable et poreux. La composition chimique est très simple: Fe23, Si2. Suivant la nature du matériau d’origine et l’importance de l’altération superficielle, on peut trouver de petites quantités d’alumine (jusqu’à 1,5 p. 100) et de phosphore (jusqu’à 0,05 p. 100).

Les minerais de fer oolithiques

Très répandus, ils constituent fréquemment les approvisionnements locaux des anciennes sidérurgies. Les gisements sont d’importance variable, certains sont énormes (gisement lorrain, par exemple). On en trouve de tous âges depuis le Précambrien, mais ils sont surtout développés à certaines époques favorables: Ordovicien, Lias, Crétacé. La caractéristique dominante des gisements est la couche; d’épaisseur variant entre 3 et 20 mètres, plissée ou horizontale, elle peut couvrir d’énormes superficies (plusieurs dizaines de milliers d’hectares), et même dépasser une centaine de milliers d’hectares. Le trait essentiel du minerai du point de vue géologique est l’oolithe: il s’agit d’un grain arrondi, de quelques centaines de microns, formé d’enveloppes minérales concentriques autour d’un noyau. Ce constituant s’est mis en place comme un grain de sable. Les minerais oolithiques se caractérisent plus particulièrement par leur composition chimique qui montre une grande variété d’éléments: chaux et silice, donnant des analyses calcaires ou siliceuses, alumine et surtout phosphore: ils sont toujours phosphoreux. Du point de vue minéralogique, on a plus souvent affaire à des constituants minéralogiques qu’à des minéraux. Plusieurs associations permettent de définir des sous-types:

– Minerai du type «Lorraine » (limonite, chlorites, sidérose). C’est un minerai hétérogène très poreux, fragile: Lorraine (France) Salzgitter (Allemagne), Kertch (ex-U.R.S.S.)... Dans certains gisements, la phase dominante est la magnétite: Gara Djebilet (Algérie).

– Minerai du type «Wabana»: hématite rouge, sidérose. Minerai dur, compact: Normandie (France), Wabana (Canada), Birmingham (États-Unis)...

– Minerai du type «Segré»: magnétite, oligiste, silicates. Minerai compact, très dur, comparable aux taconites: Anjou (France), Galice, León (Espagne)...

Les minerais skarnifères

Ils sont caractérisés par leur gangue particulière appelée skarn: il s’agit d’une gangue très colorée formée de nombreuses espèces minérales, dont grenats, amphiboles, etc., auxquelles s’ajoutent des sulfures divers et du quartz, de la calcite et de l’apatite. Les phases ferrifères sont la magnétite et l’oligiste. Les minerais de texture fine ont des compositions chimiques très variables d’un gisement à l’autre et, dans un même gisement, d’un quartier à l’autre. Ils peuvent être pauvres ou riches en manganèse et contiennent souvent d’autres éléments dont le cuivre. Ces minerais constituent en général des amas ou amas-couches dans des calcaires à proximité de massifs de roches ignées: Oural, île d’Elbe, côte ouest des États-Unis, Suède centrale.

Les minerais de substitution

Leur formation est due au remplacement de calcaire par de la sidérose. Les amas formés en profondeur s’altèrent rapidement lorsqu’ils arrivent en surface, et le minerai se transforme largement en hématite. Dans les gisements, on trouve donc toujours les deux types associés, mais plus ou moins développés.

– Le minerai sain originel est formé de sidérose manganésifère en larges cristaux dans une gangue de quartz, calcite, barytine, parfois avec quelques sulfures. Ce minerai est compact.

– Un stade altéré est particulièrement recherché. Le minerai est formé d’hématite rouge qui a cristallisé très finement, mais les agrégats ont conservé les formes des cristaux initiaux de sidérose. L’altération a développé une certaine porosité fine.

– Dans certains cas d’altération poussée, il peut apparaître de la limonite. D’une manière générale, tous les affleurements appartiennent à ce type.

Les gisements sont essentiellement localisés dans les massifs montagneux d’âge alpin (Atlas, Pyrénées, Alpes).

Les minerais de ségrégation

Le nom particulier de ces minerais date de l’époque où les géologues voyaient leur origine dans la ségrégation des oxydes de fer au sein d’un magma acide fondu. Ce minerai est formé de magnétite avec un peu d’oligiste (en surface martite) accompagnés d’une gangue d’apatite de quartz et calcite. Ces minerais, acides ou basiques, sont donc toujours riches en phosphore. Le minerai est massif, assez fragile, de texture fine. Les gisements formés de filons-couches sont souvent très importants: Kiruna, Gellivare, Grängesberg (Suède), Adirondacks (États-Unis), El Tofo (Chili).

Les minerais latéritiques

La latérite est le résultat en climat intertropical d’une altération particulière par lessivage des roches cristallines avec départ de la silice et des bases. Si la roche mère est riche en fer et pauvre en alumine, la latérite devient un minerai de fer. Ces minerais ont une texture minérale très fine, mais présentent souvent des concrétions de type pisolithique (analogues aux oolithes, mais plus grosses). Ils sont très poreux, formés de limonite, hématite rouge, relativement pauvre en phosphore mais très riche en alumine. Le problème de la mise en valeur d’énormes gisements de ces latérites réside dans les teneurs en nickel, cobalt, chrome toujours présents. Seuls certains gisements sont ou ont été exploités: Guinée, Philippines. Mais les ressources sont importantes et de nombreuses recherches ont été menées sur la métallurgie de ces produits.

Les minerais de «placer»

Ces minerais se forment par accumulation de minéraux lourds ferrifères dans du sable le long des rivages ou dans les rivières. Il s’agit généralement de magnétite et d’ilménite dans les sables quartzeux. Ils sont fréquents (Java, Nouvelle-Zélande, baie de T 拏ky 拏 au Japon, côte ouest des États-Unis...), faciles à enrichir, non phosphoreux, mais ne constituent jamais de gros gisements.

Les sphérosidérites

Ces minerais n’ont qu’une valeur historique malgré l’importance des ressources qu’ils représentent. Ils ont été à la base de la sidérurgie européenne avant la mise au point du procédé Thomas. Le minerai apparaît associé aux veines de charbon sous forme de petits globules de sidérose de 0,5 à 1 mm de diamètre dans une masse argileuse. Il est riche en éléments de gangue (SiO2, Al23, CaO, MgO, S, H2O) et contient parfois du phosphore. On en trouve dans toutes les séries houillères du monde.

Les minerais sidérolithiques

Ces minerais, très fréquents et très superficiels, ont été connus et exploités de tout temps sous le nom de «fer fort». Ils ont été l’approvisionnement essentiel de la sidérurgie jusqu’au siècle dernier. Ils se présentent en nodules de 5 à 20 cm (pouvant atteindre 1 m) englobés sous forme de poches dans de l’argile rouge des régions pénéplanées calcaires ou siliceuses. La texture est fine et le minerai n’est pas poreux. Il est formé de limonite souillée d’alumine et contient des teneurs variables en manganèse et phosphore: Rougé (France), Alabama (États-Unis)...

Les minerais des marais

Dans les régions nordiques d’Europe et d’Amérique, de nombreux marais présentent sur leur fond et certaines rives des formations ferrugineuses qui ont été exploitées comme minerai de fer et le sont encore localement. Les amas sont peu importants en tonnage. Ils sont formés de limonite, chlorites, argiles et sable. La texture fine est cellulaire et poreuse. Ces minerais ont une composition chimique voisine des minerais oolithiques.

Les sous-produits

Un sous-produit est ici un minéral ferrifère accompagnant un autre métal utile. On peut citer comme exemples la magnétite du minerai de fer d’Akjoujt (Mauritanie), qui apparaît au cours du traitement métallurgique des sulfures de fer. Après grillage, les sulfures de fer laissent un résidu d’oxyde de fer utilisé comme minerai; la pyrrhotite, résidu du traitement du minerai de nickel de Sudburry (Canada) et la pyrite, résidu du traitement du minerai de plomb à Kimberley, Cominco (Canada), Montecatini (Italie).

4. Le commerce international

Dans le passé, les distances avaient divisé le monde en marchés individuels des minerais de fer. Depuis quelques décennies, on assiste à l’approvisionnement des grandes sidérurgies par des minerais ayant accompli des trajets maritimes très longs. À côté de l’ancien haut fourneau érigé à proximité des minerais, on a vu apparaître des sidérurgies côtières (Japon, Italie, France) alimentées en minerais d’outre-mer. Alors que, jusqu’en 1940, 10 p. 100 de la production mondiale était transportée à courte distance sur mer, en 1982, environ 270 millions de tonnes sur les 800 produites ont été ainsi transportées et en 1990 le transport maritime portait sur 375 Mt de minerai de fer environ. Les minerais sont convoyés par des navires de grande capacité, les minéraliers, pouvant également transporter du charbon et même du pétrole brut. Ce transport est relativement bon marché.

Le prix de cession des minerais de fer est composé d’une partie technique, où figurent prix de revient et remboursement du capital, et d’une partie de politique économique. Celle-ci dépend du marché de l’offre et de la demande mais, dans les pays d’économie libre, aboutit obligatoirement à un bénéfice. À l’opposé, l’utilisateur définit pour chaque minerai une valeur d’usage qui permet de fixer le gain à escompter de l’utilisation d’un minerai donné dans son installation sidérurgique. Tous les éléments de la fabrication de l’acier contribuent à cette valeur d’usage pour autant qu’il subsiste des facteurs hérités du minerai.

Les prix des minerais de fer sont donnés essentiellement de deux manières: FOB (free on board ): minerai livré sur le bateau au port de départ; CIF (cost , insurance , freight ): minerai rendu au port de destination, le vendeur prenant à sa charge le fret et l’assurance maritime.

On donne aussi, mais beaucoup moins fréquemment, le prix livré usine. Les prix, pratiqués en dehors des facteurs techniques précédents, dépendent de la nature chimique et physique du lot. Pour s’affranchir de la teneur en fer, ces prix sont toujours ramenés au point de fer, c’est-à-dire à 1 p. 100 de teneur en fer.

Le minerai de fer est commercialisé sous plusieurs formes: les morceaux, blocs rocheux, de plus de 40 mm environ (lumps ou calibrés), les fines (0-10 mm) pour agglomération sur grille (ou sinter-feed ), les boulettes (10-20 mm) ou pellets, fabriquées à partir de minerais très fins (moins de 100 猪m). La diminution de la demande en minerai de fer, l’augmentation importante du prix du mazout utilisé pour la production des boulettes ont fortement modifié le cours de ces produits. La stagnation des ventes de minerais de fer sur le marché mondial explique que, après des hausses de prix de l’ordre de 16 p. 100 en 1990 et de 8 p. 100 en 1991, on assiste à une baisse en 1992 et en 1993 (14-15 p. 100). Le point de fer acheminé par le port de Rotterdam en provenance du Brésil est de 0,35 dollar la tonne pour les fines et de 0,40 à 0,45 dollar la tonne pour les boulettes.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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